François Blaquart : «Je ne m’accrocherai pas à mon poste»
Pour la première fois, François Blaquart revient longuement pour notre journal sur l’affaire des quotas qui lui a valu d’être suspendu temporairement de ses fonctions par la ministre des Sports Chantal Jouanno.
Êtes-vous meurtri par ce qu’on appelle « l’affaire des quotas » ?
François Blaquart.
C’est un mot faible. Je suis anéanti par l’ampleur que cela a pris. C’est humiliant qu’on puisse me soupçonner de racisme. Tout mon parcours plaide contre cette accusation ignoble.
Comment en êtes-vous arrivé à parler de quotas ?
C’était une réunion (NDLR : le 8 novembre 2010) avec une partie de débats. Et, comme cela arrive parfois, il y a un peu de passion. Mais ce n’était qu’une discussion. Tout cela a commencé par un projet consistant à mettre le jeu au centre de toutes les réflexions. L’idée était de valoriser notre football sur des notions de plaisir, de spectacle, de performance et d’éducation.
Comprenez-vous que certaines paroles prononcées lors de cette réunion étaient déplacées ?
Oui, mais je rappelle que cette discussion n’était pas destinée à être rendue publique. Dans un cadre privé, les mots ne sont pas soupesés comme ils le sont en public. Et si on me rétorque que cette discussion était institutionnelle, je dis qu’on va vers un grand danger en termes de démocratie et de liberté de parole. Mais maintenant que certains mots sont en haut de l’affiche, je ne peux que les regretter. Ils ont une connotation équivoque que je ne partage pas. J’ai pris conscience de l’erreur même d’avoir simplement envisagé cette idée. L’équipe de France reste et restera ouverte à tous.
Mais quel est le problème avec les joueurs binationaux ?
Pendant longtemps, beaucoup de jeunes rejoignaient les sélections de leur pays d’origine et je trouvais ça très valorisant pour le foot français. Mais depuis quelque temps, ce phénomène touche les jeunes de l’équipe Espoirs, c’est-à-dire l’antichambre de l’équipe A. Et là, on se retrouve avec des joueurs de 20 ans attirés par un autre pays alors que nous estimons qu’ils ont un vrai potentiel pour rejoindre les Bleus. Alors on s’est interrogé car le jeu de toutes les équipes de France, des plus jeunes aux A, doit être lié et en cohérence avec le projet technique du sélectionneur.
En voulez-vous à Mohammed Belkacemi d’avoir enregistré ces débats ?
Oui! Il aurait dû alerter sa hiérarchie s’il l’estimait utile. Ce qu’il n’a pas fait. Il n’est pas ven
u en débattre avec moi, ce qui n’est pas très courageux. Je lui en veux d’avoir communiqué l’enregistrement à des gens dont les intentions sont douteuses. En janvier, on a travaillé ensemble sur des projets où je l’ai largement mis en valeur. Il en était ravi. En mars, on devait rencontrer des sociologues. Comme par hasard, il a annulé la réunion. Aujourd’hui, je dis : « Regardez mes actions et comparez-les avec les siennes. »
Avez-vous parlé à Laurent Blanc depuis le début de l’affaire ?
Bien sûr. Laurent vit ça mal. Il n’est pas directement rattaché à la DTN et c’est moi qui l’ai invité à venir. Je comprends qu’il se sente trahi, comme je le suis.
Craignez-vous de servir d’exemple, auprès du ministère des Sports, dans cette histoire ?
Je veux que mon honneur soit lavé et qu’on me reconnaisse pour ce que je suis vraiment. Je ne suis pas celui qu’on veut bien dire. On n’a pas mis en chantier la moindre mesure discriminatoire. Si mon honneur et mon honnêteté intellectuelle sont saufs, le reste m’importe peu : j’ai 57 ans et je suis extrêmement déçu de ce que devient mon football.
Allez-vous démissionner ?
Je ne suis pas fautif même si je vis quelque chose de grave. J’ai peut-être commis des erreurs qui méritent réflexion. Je ne m’accrocherai pas à mon poste. Car plus rien ne sera comme avant. Je ne me vois pas travailler avec des gens que je ne pourrais plus regarder en face.
Comment vivez-vous les attaques de Thuram et de Vieira notamment ?
Je suis vexé et déçu parce qu’ils n’ont pas toutes les données. Leurs accusations auraient mérité un peu de recul.
Selon vous, à qui profite ce déballage ?
J’ai mon idée. Mais de l’enregistrement à ceux qui aboient très fort, il y a un lien évident! Pour conclure, je veux juste dire que, si on m’y invite, j’aimerais avoir un débat avec des associations antiracistes.
Interview du Parisien

